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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 21:55
[Plutôt que de vous faire 36 000 discours, je préfère laisser la parole à mon grand père]

Cochinchine – 14 Octobre 1937


Ma petite chérie,

Ma carte a du vous parvenir il y a quelques jours et vous avez sans doute passé tout ce temps à vous ronger les sangs, vous demandant quelle nouvelle diablerie arrivait à votre aimé.

Je prends donc un peu de temps ce soir pour vous décrire l’aventure extraordinaire qu’il m’a été donné de vivre voici trois jours... Vous pourrez la lire et la relire encore, tant vous en perdrez vous aussi le souffle !



Il y a trois jours, alors que je commençais ma deuxième semaine près de Ben Tre dans un petit village de pêcheurs au bord du Mé-kong, j’abandonnai mes hôtes pour aller voir le soleil décroître sur le fleuve. Drôle d’idée me direz vous, alors que la pluie chaude et lourde n’avait cessé de la journée et s’abattait encore sur mes vêtements quand j’arpentais les sentiers le long de la rive. Certes. Mais vous connaissez votre Juan Olaf et vous savez combien ces promenades sont salutaires à mon équilibre et combien elles nourrissent ma réflexion. Je longeai donc les eaux grises du Mé-kong lorsqu’il me sembla percevoir comme un frôlement à la surface de l’eau. Je me tournai dans cette direction et ne put d’abord croire  ce que je voyais. Je fermai les yeux, me frottai le visage, me tapotai les joues puis rouvris les paupières pour vérifier qu’il était toujours là. Je dus bien admettre alors que mes sens ne se jouaient pas de moi. Non, ma toute belle, il était bien là, devant moi, le dragon Lung, son corps de serpent dansant et ondulant sur les flots comme une sirène.

 

Bocal de bébé dragon
Nous étions à l’heure où le soleil couchant n’illumine pas encore le ciel de couleurs de feu. Non, à cet instant, le ciel et le fleuve se confondaient l’un et l’autre dans une brume grise et opaque. Et le long corps rouge-sang se détachait sur le brouillard comme une flamme. Quelle merveille ! Quelle extraordinaire créature ! Voyez-vous, après pourtant de nombreux voyages, je m’émerveille encore de ce que la nature nous réserve...

Je l’ai suivi des yeux sans jamais ciller, puis, lorsqu’il plongea son cou dans le fleuve et disparut tout entier dans l’eau, je revins sur mes pas. Je dus paraître étrange à mes hôtes et sans doute ont-ils cru que j’étais parti m’enivrer en toute discrétion. Je refusai avec politesse le repas qu’ils m’offrirent et regagnai ma chambre sans souper. A aucun moment, même durant les jours qui suivirent, je n’évoquai le dragon avec eux. L’aurais-je du ? Je ne peux croire qu’une telle créature habite les eaux de pêche et de baignade de ce village sans qu’aucun de ses habitants ne l’ait jamais apercu. C’est tout bonnement incroyable, n’est-ce pas ? Je suis convaincu que mes hôtes,  ces gens sages et modestes, connaissent depuis toujours l’existence de cet animal et même, qu’ils le vénèrent comme un dieu protecteur à qui ils ont offert leur silence.

Ce serait donc un crime de ma part que de les obliger à trahir leur secret et je continuerai à leur offrir le visage de la naïveté. En viendraient-ils à me conter l’existence du dragon que je feindrais la surprise. Vous savez, cet étonnement ébahi qui peut parfois envahir mes traits, comme lorsque je vous revois après l’une de mes longues, si longues absences, quand je reste sans voix devant vous.

Portez vous bien, ma petite femme...


Votre Juan Olaf

 

Chapitre 4

 

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commentaires

J
Bravo, j'ai trouvé votre site par un ami sur la communauté des carnets de voyages fondée par Alain Marc, et j'en suis ravis. Si un jour mes petits enfants font la même chose se serait merveilleux. Quels souvenirs magiques pour une personne que d'avoir un tel inventaire à faire sur l'histoire de son grand père. Bravos, bravoJean (J'aimerai beaucoup placer votre liens dans mon blog)
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Qui est Juan Olaf ?


"Quand j’étais petit et qu’on se moquait continuellement de moi et de mon prénom, ma maman m’a dit que je devais être fier de porter le nom du plus fameux (et pourtant le plus méconnu) aventurier et explorateur que la France ait connue : le comte Juan Olaf Van Der Bilout. Celui qui a redécouvert l’Amérique; l’ami de l’homme le plus grand du monde et du roi le plus petit de l’Europe centrale du Sud-est ; le seul être humain à connaître la langue des extras terrestres.
Alors j’ai grandi content ; jusqu’au jour où j’ai reçu une vieille clé de hangar en héritage..."

Juanitó Van Der Bilout 
(petit fils et héritier du célèbre explorateur)

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